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Illustration par Julie Omri pour KIP.

Solitude, isolement : quelles solutions ?

Alors que le soleil se couchait sur Jouy-en-Josas en ce froid mercredi d’octobre, je m’apprêtais à clore ma valise pour quitter une nouvelle fois le campus d’HEC. Comme d’innombrables étudiants à travers la France, ma vie universitaire avait une nouvelle fois été interrompue par le coronavirus. La nuit était déjà tombée. Je me suis assis, à l’angle de mon matelas, posé à même le sol, pour méditer quelques instants sur la situation. C’est un profond sentiment de tristesse qui m’a soudain envahi.   

La pandémie du COVID-19 met en danger notre état physique, mais le confinement menace notre état psychique. C’est particulièrement vrai pour les jeunes et les étudiants, qui profitent habituellement de leurs années universitaires pour vivre des nuits endiablées au rythme de la musique et de l’alcool. Privés de sortie, enfermés dans des espaces parfois exigus et contraints de suivre des cours à distance, les étudiants sont parmi les plus grandes victimes du confinement. 

Alors que certains ont la chance d’être bien entourés par leur famille ou leurs amis, d’autres peuvent faire l’expérience d’une profonde solitude. Cette solitude est au premier abord une expérience douloureuse. Être confronté à soi-même, à ses émotions, à ses fragilités est une expérience d’autant plus difficile que, jeune, l’on est encore souvent dans une féroce déconstruction et remise en question du modèle dans lequel on s’est jusqu’alors construit- le processus d’individuation est tout juste entamé. Cependant, il ne faut pas toujours percevoir la solitude comme une mauvaise chose.

Distinguer la solitude de l’isolement

Pour mieux aborder la question, il faut distinguer la solitude de l’isolement. Alors que l’isolement est un fait objectif, qui consiste à se trouver physiquement éloigné de ses pairs, la solitude est un sentiment subjectif. L’isolement peut être choisi ou subi : si je décide d’aller vivre tout seul au milieu de la forêt pour me ressourcer, ou chercher de l’inspiration, c’est un isolement choisi. L’isolement subi, au contraire, se définit par « la situation dans laquelle se trouve la personne qui, du fait de relations durablement insuffisantes dans leur nombre ou leur qualité, est en situation de souffrance et de danger ». En somme, il est une sorte de gouffre sinueux où l’on s’enfonce doucement, avant de comprendre un jour que l’on a atteint le fond. 

Le sentiment de solitude découle de l’interprétation de cet isolement. C’est une histoire d’écart entre la pensée et la réalité. Si j’estime que je devrais être entouré alors que je suis seul, alors j’éprouverai de la solitude. “L’essentiel n’est pas de savoir si nous vivons seuls, mais si nous nous sentons seuls”, explique le sociologue Eric Klinenberg1Pour davantage d’information à ce sujet, se référer à Social Isolation, Loneliness, and Living Alone: Identifying the Risks for Public Health, Klinenberg, 2016..

Le problème dépasse le seul cadre du confinement. Si on se sent seul, on peut être envahi par un sentiment de tristesse, d’abandon, et même se déprécier. « Je ne suis pas assez sympa, les gens ne veulent pas de moi » susurre une voix à l’intérieur de la tête. Cela mine la confiance en soi, ce qui entraîne un cercle vicieux où l’individu se refuse encore plus à tisser du lien social et se retrouve d’autant plus isolé. « Si les gens ne veulent pas de moi, à quoi bon sortir et essayer de me faire des amis ? » Pour sortir de ce cercle vicieux, il faut apprendre à tisser des relations plus intimes avec les autres.

Partager ses faiblesses

Dans le monde anglo-saxon, on parle souvent de small talk pour désigner les conversations superficielles que l’on a avec des inconnus que l’on rencontre pour la première fois. « Il fait très froid en ce moment, n’est-ce pas ? » est l’une des questions typiques du small talk. Elle permet de briser la glace, en abordant un thème partagé par deux inconnus qui ont, a priori, très peu en commun. La clé des relations sociales réside dans la capacité de briser le small talk pour passer à des sujets plus profonds, plus intimes. 

Or, en tant qu’êtres humains, on a beaucoup de mal à révéler ses fragilités et ses faiblesses. En effet, la société nous pousse beaucoup à feindre que tout va bien (pensez à la question « ça va ? » que tout le monde vous pose et que vous posez à tout le monde, et à laquelle tout le monde répond « oui » et presque personne ne répond « non »). Lorsqu’on est victime d’isolement social et que l’on ressent de la solitude, on a tendance à le cacher aux autres. « Quand vous êtes au fond de votre lit, vous n’avez pas la force de demander de l’aide. Plus on va mal, moins on en parle : c’est la spécificité des troubles psychiques », explique Christophe Ferveur2Christophe Ferveur est un psychologue clinicien (et chanteur lyrique) exerçant à Paris, et qui a consacré une bonne partie de sa carrière à la prévention des risques psychosociaux., psychologue de la Fondation santé des étudiants de France.

Or, montrer sa vulnérabilité est sûrement la meilleure manière de créer rapidement un lien social fort. C’est en s’ouvrant à l’autre, en lui montrant les facettes cachées de sa personnalité, qu’on l’incite à faire de même. Parce que jouer un rôle est nécessaire mais fondamentalement douloureux pour l’être humain, nous sommes généralement heureux de se fier aux autres et de leur révéler ce qui les trouble. Ainsi, révéler sa vulnérabilité est une manière efficace de sortir de l’isolement, et de construire autour de soi un réseau d’amis véritables sur lesquels on peut compter.

Connaître ses faiblesses

Pour partager ses vulnérabilités, encore faut-il les connaître. Le confinement est un moment propice pour s’essayer à l’isolement (volontaire cette fois-ci) car il nous laisse le temps de l’introspection. Dans les premiers jours de ce deuxième confinement, j’ai eu l’occasion de lire Le Déclic de Marie Lise Labonté, un livre qui met en lumière l’impact des blessures psychologiques qui nous ont été infligées durant  notre jeunesse sur notre état psychologique actuel. Pour guérir de ces blessures psychologiques, il est important de les identifier et de les reconnaître. 

Les différents types de blessures fondamentales sont : l’abandon, le rejet, la non-reconnaissance, la trahison, la maltraitance et les humiliations. Vous pouvez d’ores et déjà essayer de remonter dans vos souvenirs d’enfance et identifier la ou les blessures que vous avez subies, notamment de la part de votre famille proche. Vos parents vous ont-ils donné suffisamment d’attention ? Vous ont-ils dévalorisé ? Avez-vous été déprécié par rapport à vos frères et sœurs ?

Ensuite, essayez de comprendre si cette blessure a engendré en vous une croyance. Par exemple, quelqu’un qui a été dévalorisé par ses parents peut se convaincre qu’il n’a pas de qualités et que personne ne veut de lui. Il peut même projeter cette croyance sur le reste de la société et se dire qu’au fond, tout le monde le déteste d’avance. 

Enfin, demandez-vous si cette croyance a influencé vos actions d’une certaine manière. Avez-vous décidé de ne pas être ouvert aux autres parce que vous aviez l’impression qu’ils vous détesteraient dans tous les cas ?

Au terme de ce petit processus, vous serez déjà capable d’y voir plus clair sur vos vulnérabilités et de mieux comprendre les mécanismes psychologiques qui déterminent votre comportement.

Conclusion

En se connaissant soi-même, on atteint une forme de paix intérieure qui nous permet de mieux aborder la solitude, mais aussi les relations avec les autres. En partageant nos vulnérabilités, on peut créer un lien fort avec l’autre parce qu’on prend conscience du fait que l’on est tous humains, et qu’on partage tous les mêmes problèmes. Pourtant, nous sommes encore beaucoup trop nombreux à nous voiler la face et à jouer des rôles, de peur d’être rejetés. C’est du gâchis, la vie est trop courte ! 

Ami Lecteur, si tu as aimé cet article, je t’encourage à t’inscrire aux activités proposées par PSYCH’HEC afin de mieux te comprendre et de favoriser le dialogue psychologique.

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Giacomo Bretel de Simone