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Venezuela : un pays à l’agonie

Le jeudi 26 octobre dernier, l’opposition vénézuélienne s’est vu décerner par l’Union Européenne le prix Sakharov (distinction qui récompense les personnes œuvrant pour la défense des Droits de l’Homme). Hyperinflation, violence, pénuries alimentaires… le Venezuela apparaît en 2017 comme un pays au bord de l’implosion. Que s’est-il passé ?

Le pays du « socialisme du XXIème siècle »

Avril 2009, Sommet des Amériques. Trois mois après son investiture comme président des États-Unis d’Amérique, Barack Obama participe à son premier forum régional, l’occasion pour lui de rencontrer son homologue vénézuélien. Le socialiste Hugo Chávez, en poste depuis 1999 est connu pour ses positions anti-américaines. À la tribune de l’ONU en septembre 2006, il n’hésita pas à accuser G.W. Bush d’être le « diable » en personne. Leur rencontre est immortalisée par la presse : on voit le président démocrate américain recevoir en main propre de la part du leader vénézuélien Les Veines ouvertes de l’Amérique latine (1971) d’Eduardo Galeano, dans lequel l’auteur explique à quel point le sous-continent américain a souffert dans son histoire de l’impérialisme occidental comme du pillage de ses ressources naturelles. Geste non anodin puisque c’est sur l’exploitation et la nationalisation de ces mêmes ressources que Chávez axera ses mandats présidentiels.

« Le monde doit oublier le pétrole pas cher ». Cette phrase du président Chávez prononcée en 2005 résume à elle seule la politique économique qu’il a menée de 1999 à 2013 : tout miser sur le pétrole. Un chiffre résume cela : 85 %, c’est la part des exportations d’hydrocarbures dans les exportations totales. S’y sont ajoutées des nationalisations massives dans tous les secteurs de l’économie, réalisant le rêve du président : faire du Venezuela le pays du « socialisme du XXIème siècle ». Augmentation du revenu minimum, programmes sociaux de lutte contre la pauvreté, l’État vénézuélien piloté par son leader charismatique a dépensé et investi pour améliorer le sort des classes populaires. Et les résultats ont été au rendez-vous ! Le taux de pauvreté a diminué de moitié, le taux de scolarisation a augmenté tandis que le taux de mortalité infantile a décru.

L’or noir, la richesse nationale

Mais comment l’État vénézuélien chaviste a-t-il pu mener toutes ces réformes sociales ? Grâce à l’or noir : ce trésor national qui semble inépuisable. La popularité nationale de Chávez vient du fait qu’il a bénéficié d’une conjoncture exceptionnelle. En effet, durant son mandat, le prix du baril a été extrêmement haut du fait de la très forte demande des pays émergents, notamment la Chine, en plein boom économique. Si bien que ce sont des milliards de pétrodollars qui sont tombés dans les caisses de l’État, lui permettant de financer en partie ces programmes sociaux. « En partie » car à la mort de Chávez en 2013, l’État avait tout de même un déficit budgétaire qui s’élevait à 20 % de son PIB.

Un pays asphyxié, une population démunie

À la mort d’Hugo Chávez, c’est Nicolás Maduro, vice-président de la République, lui aussi membre du Parti socialiste unifié du Venezuela qui devient chef de l’Etat. Seulement voilà : le contexte géoéconomique a changé. Les pays émergents voient depuis plusieurs années leur croissance faiblir, ce qui diminue leur demande pétrolière. Parallèlement, le début de l’exploitation du pétrole de schiste aux États-Unis n’est pas non plus sans conséquence : le prix du baril est, de fait, tiré à la baisse. Dès 2014, le pays entre dans une phase de récession qui n’a fait que s’aggraver depuis lors. Hyperinflation, hausse du chômage… les caisses de l’État sont vides.

Très vite, la population vénézuélienne souffre de pénuries alimentaires. Les supermarchés sont vides. Les longues files d’attente devant les épiceries dans les avenues de Caracas deviennent monnaie courante. Comme on pouvait s’y attendre, le socle électoral de Maduro diminue comme peau de chagrin et des voix commencent à s’élever contre le locataire du Palacio de Miraflores. Des manifestations sont organisées par l’opposition dans les grandes villes du pays. La MUD, qui rassemble une trentaine de partis de droite et de centre-gauche, appelle au départ du successeur de Chávez. Cette grogne populaire se concrétise le 6 décembre 2015 lors des élections législatives. La MUD remporte 106 des 167 sièges. Événement historique puisque c’est la première fois depuis 1999 que le chavisme perd la majorité au Parlement. C’est ainsi qu’à une crise économique et sociale grave vient se greffer une crise politique dont le pays souffre toujours aujourd’hui…

Crise politique

Nouvellement élus, les députés de l’opposition affichent très vite leur objectif : le départ de Maduro et la tenue d’élections présidentielles anticipées. Ils le menacent d’organiser un référendum révocatoire au début de l’année 2017, référendum qui n’aura finalement jamais lieu. Pendant qu’une immense partie de la population lutte pour survivre, l’affrontement politique au sommet des institutions se poursuit… et les violences se durcissent entre les manifestants anti-Maduro et les forces de l’ordre. D’avril à juillet 2017, 130 personnes perdront la vie et des milliers d’autres seront blessées. Le 1er mai 2017, le Président vénézuélien annonce la convocation d’une assemblée constituante afin de rédiger une nouvelle constitution. Plus de 40 % des électeurs vénézuéliens votent le 30 juillet pour élire leurs représentants. C’est un coup dur pour la MUD qui avait appelé à boycotter ce vote. Mais ce n’est rien comparé à l’énorme camouflet qu’a essuyé l’opposition aux élections régionales le 16 octobre dernier. 18 régions perdues sur 23 ! Un véritable raz-de-marée chaviste, alors que toute la presse étrangère prédisait à la MUD une victoire haut la main.

L’opposition conteste ces résultats et parle de fraude gigantesque orchestrée par le pouvoir. La communauté internationale est sceptique, Paris soupçonne de « graves irrégularités » et une « absence de transparence dans le processus de vérification et de compilation » des voix. Accusations fondées ? Toujours est-il que le Conseil électoral vénézuélien a tranché : il a validé ces résultats.

Même s’il existe des suspicions sur ce scrutin, le 16 octobre 2017 révèle une tendance générale : la MUD perd du terrain, plus précisément, les parties de droite qui sont dans une stratégie d’affrontement insurrectionnel frontal avec Maduro. En effet, quatre des cinq régions gagnées par l’opposition l’ont été par Action Démocratique – un parti social-démocrate qui prône la fin des manifestations. Si bien que son leader, Henry Ramos Allup, peut prétendre à être le candidat de la MUD à la prochaine élection présidentielle en 2018. Dans ce cas-là, que feront les électeurs de droite ? Le soutiendront-ils ? Souhaiteront-ils avoir leur propre candidat au risque d’affaiblir l’opposition et donc de favoriser la réélection de Maduro ?

Illustration : Nicolás Maduro, Montage de Hugo Sallé pour KIP

Aymeric Azéma

Aymeric Azéma

Étudiant français en L3 à HEC Paris et contributeur régulier pour KIP.

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Cet article a été écrit à

Jouy-en-Josas, France

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