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La difficile recomposition de la droite française à 8 mois du scrutin présidentiel

Sortant d’années compliquées suite à son échec en 2017 et aux des départs de ses cadres vers LREM, la droite a su montrer qu’elle reste un acteur politique de poids avec sa victoire aux élections régionales et départementales. Peut-elle réussir à s’unir pour espérer avoir une chance dans le scrutin présidentiel qui se rapproche ?

Après son échec à la présidentielle, la droite française a touché le fond en mai 2019 avec seulement 8,5% des voix et une incapacité à contenir le RN qui est devenu le premier parti français au parlement Européen. Les résultats des élections régionales et départementales qui sont largement vues comme un succès pour la droite, ouvrent peut-être la porte à retour sur la scène présidentielle d’un parti qui se reconstruit.

Un espace se dégage entre LREM et le RN

La comète Macron en 2017 avait su profiter des difficultés d’une gauche affaiblie et d’un candidat de droite à l’intégrité douteuse. Après la victoire du plus jeune président de la 5ème République, de nombreuses analyses avaient présenté le clivage droite-gauche comme appartenant à l’ancien monde. Le nouveau monde, lui, serait marqué par des rapports de force entre pro et anti mondialisation, les premiers incarnés par une pensée libérale qui conçoit les frontières comme des zones d’échanges assez poreuses. En opposition, les anti-mondialisation, qui peuvent être d’extrême droite comme d’extrême gauche, voient la mondialisation comme un phénomène destructeur du tissu économique, du lien social et de la souveraineté nationale.

La droite espère aujourd’hui faire mentir ces analyses avant-gardistes et retrouver son succès d’hier. Le contexte a en effet changé depuis 2017. Au centre, Emmanuel Macron sort d’une période difficile d’un an et demi qui l’a empêché de pousser ses ambitieuses réformes : en dernière date, la réforme des retraites qui serait possiblement remise sur la table avant l’élection présidentielle n’a que peu de chances de se faire. Emmanuel Macron a également perdu de son image de jeune réformiste ambitieux, au-dessus des luttes entre partis qui avait séduit une partie des électeurs de droite après les scandales Fillon. Il est plus perçu comme assez autoritaire, voire « Jupitérien » notamment à cause du rythme soutenu de ses réformes de « l’acte I ». L’état actuel de l’extrême droite est plus difficile à juger. Certes le RN a connu un revers avec des résultats décevants aux élections régionales et départementales mais est-ce symptomatique d’un déclin amorcé ou juste une conséquence d’élections peu médiatisées pour des entités aux compétences pas toujours limpide ? Toujours est-il que la droite a su montrer avec ses victoires sur des candidats RN en Provence-Alpes-Côte d’Azur et dans les hauts de France qu’elle était encore une pièce maîtresse sur l’échiquier politique.

Des espoirs fragiles, menacés par la difficile désignation d’un candidat :

La primaire de la droite et du centre de 2017 a laissé des souvenirs difficiles car elle a conduit certains cadres du partis à disparaître et a exposé des fractures de cette famille, notamment dans la vieille garde Sarkozyste, à l’ensemble de la France. Pour Xavier Bertrand, la question est sans appel : une primaire de la droite ne se fera pas ou se fera sans lui. Sans ambivalence, il déclare le 6 juillet sur le plateau de TF1  « «Je suis candidat à l’élection présidentielle, je ne serai pas candidat à une primaire ». L’homme qui sort victorieux d’une difficile bataille dans les Hauts-de-France contre le RN veut utiliser cette légitimité pour réaliser un tour de force et s’imposer sans primaire à la tête de la droite. C’est une prise de risque potentiellement dangereuse pour celui qui a quitté le parti en 2017, un acte vu par certains comme une désertion dans un moment difficile du parti. En face de lui, de nombreux autres candidats s’avancent et défendent pour la plupart la tenue d’une primaire. Valérie Pécresse, en deuxième position dans les sondages, n’a jamais rien caché de ses ambitions présidentielles depuis le début de la campagne régionale. Elle veut une primaire mais se garde bien d’avoir un mot de travers envers Xavier Bertrand car pour celle qui a vécu le déchirement de 2012 entre Jean-François Copé et François Fillon, l’unité du parti est prioritaire. Elle affirme ainsi « Avec Xavier, nous sommes de la même famille, nous avons les mêmes valeurs. On se retrouvera à la fin. ». Bruno Retailleau, chef de file des sénateurs LR au Sénat, a aussi déclaré se lancer dans la course comme Michel Barnier qui a recruté une équipe de campagne et Laurent Wauquiez a annoncé « réfléchir »

Pour résoudre cette difficile équation, c’est le discret maire d’Antibes qui a été nommé par Christian Jacob, président du parti, pour décider de la marche à suivre. Il a décidé de lancer le 20 août une première enquête d’opinion sur 15 000 sympathisants de droite et du centre pour évaluer les opinions sur les prétendants. Ensuite, un vote des adhérents LR aura lieu le 25 Septembre pour décider si une primaire ouverte à tous a lieu ou si seuls les adhérents de LR décideront du candidat du parti. Si le non sort vainqueur, le futur de la droite s’annonce marqué par les divisions mais le oui ne simplifie pas tout non plus car Xavier Bertrand semble déterminé à faire cavalier seul. Ses soutiens le voient comme la seule chance de la droite, les autres veulent le voir se rallier à l’idée d’une primaire ou être écrasé par le candidat.

La droite apparaît plus forte que jamais depuis l’échec de 2017 mais elle vit actuellement une période clé : il faudra réussir à concilier les égos, dure tâche en politique, pour rester uni et présenter un unique candidat à l’automne. En cas d’échec, Les Républicains seraient une fois de plus affaiblis, des fractures dont il sera dur de se remettre.

Stanislas Jourdan

Stanislas Jourdan

Étudiant français en Master in Management à HEC Paris (Promotion 2023). Membre de KIP et contributeur régulier.

French student in Master in Management at HEC Paris (Class of 2023). Member of KIP and regular contributor.