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Illustration d'Astrid Hirtzig pour KIP

Occident et Arabie Saoudite : une idylle séculaire dont les jours sont comptés ?

En mars 2018, le président américain Donald Trump déclarait entretenir une « grande amitié » avec le prince héritier d’Arabie Saoudite Mohammed Ben Salmane, dit MBS, alors en visite à Washington. Le milliardaire américain, avec la tendance à l’hyperbole qu’on lui connaît, estimait même que les relations américano-saoudiennes n’avaient « jamais été aussi bonnes ». Un mois plus tard, le président Macron accueillait MBS à Paris, alors que les deux hommes avaient eu des échanges tendus lors de leur dernière rencontre fin 2017, à propos de la séquestration présumée du premier ministre libanais Saad Hariri à Riyad. Poignée de main froide en perspective ? Bien au contraire. Les deux chefs d’État se font une accolade chaleureuse, et vont même jusqu’à s’embrasser. 

            L’Occident faisait jusqu’à très récemment les yeux doux à Mohammed Ben Salmane, véritable homme fort du Golfe depuis qu’il a été nommé prince héritier d’Arabie Saoudite par le roi Salmane Abdelaziz Al-Saoud en juin 2017. Âgé de seulement 35 ans, il incarne le début d’une ère de modernité dans le royaume, et une ambition de devenir la puissance régionale principale pour peser dans les rapports de force mondiaux. En d’autres termes, MBS aspire à redonner à l’Arabie Saoudite sa grandeur. Le prince héritier montre également au peuple saoudien un visage réformiste : l’autorisation aux femmes de conduire accordée en 2017 était une avancée majeure dans l’un des pays où l’égalité entre hommes et femmes est la moins respectée au monde. Cette impression de progressisme était très appréciée par les pays occidentaux, Emmanuel Macron a d’ailleurs complimenté publiquement MBS sur le sujet lors de leur rencontre d’avril 2018 : « Vous avez beaucoup fait pour les femmes dans votre pays ». 

            Néanmoins, derrière cette illusion d’humanisme, il semble bien que le prince héritier saoudien soit tout autant violent que ses prédécesseurs. Affaire Khashoggi, guerre au Yémen, purge dans sa propre famille, répression de populations dissidentes, MBS est peut-être même pire. Les pays occidentaux ont bien fermé les yeux sur l’autoritarisme saoudien depuis plus de cent ans, me direz-vous, pourquoi cela changerait-il ? 

          Une rétrospective d’un siècle d’amitié entre Occident et royaume saoudien, ainsi qu’un examen de la situation actuelle, s’imposent pour comprendre pourquoi l’idylle durait jusqu’alors, et pourquoi un divorce est envisageable. 

Un mariage centenaire  

            Si la relation entre l’Occident et l’Arabie Saoudite est si solide et durable, c’est parce qu’elle a commencé il y a plus d’un siècle, avant même que le royaume saoudien ne soit officiellement un pays. C’est l’Empire britannique qui noue le premier une relation de confiance avec le futur premier roi d’Arabie Saoudite, Abdel Aziz Ibn Saoud. Dès le début de la première guerre mondiale, les Britanniques signent un traité avec Ibn Saoud, s’engageant à protéger ses territoires en échange de sa fidélité aux Alliés. Ils n’hésiteront pas à multiplier les aides financières à Ibn Saoud lors de ses conquêtes de différents territoires de la péninsule arabique au début des années 1920. C’est à bord d’un bâtiment britannique qu’Ibn Saoud fait la paix avec le roi Fayçal d’Irak en 1930, et deux ans plus tard il proclame son royaume, qu’il nomme à son nom Arabie saoudite. 

          Dans les années 1930, alors que le Moyen-Orient est vu comme le nouvel Eldorado de l’or noir, l’Arabie Saoudite attire une nouvelle puissance occidentale, et pas des moindres. Bien que les immenses réserves pétrolières saoudiennes n’aient pas encore été découvertes, la Standard Oil Company sent le coup et signe dès 1933 un accord avec le roi Ibn Saoud lui permettant d’effectuer des prospections pétrolières sur le territoire royal. Pari gagnant, ce sont les ressources de pétrole les plus importantes au monde qui apparaîtront progressivement aux yeux émerveillés des Américains au cours des forages. Mais le véritable mariage entre Arabie Saoudite et États-Unis a lieu à bord de l’USS Quincy, où le président américain Franklin Roosevelt conclut avec Ibn Saoud un pacte resté célèbre, qui garantit une protection américaine de l’État saoudien contre un accès privilégié des majors américaines à l’or noir royal, si alléchant. 75 ans de mariage, et presque aucune dispute ! L’amour américano-saoudien tend même à se renforcer : l’Arabie Saoudite sert de base de déploiement de centaines de milliers de soldats américains pendant la guerre du Golfe de 1991, devenant ainsi un partenaire d’autant plus crucial pour les États-Unis et un pivot dans la géopolitique pétrolière qu’approfondit ce podcast

          Outre les chocs pétroliers de 1973 et 1979, c’est surtout le financement présumé de l’Arabie Saoudite au terrorisme islamiste qui crée des tensions après les attentats du 11 septembre 2001, d’autant plus que quinze des dix-neuf pilotes terroristes impliqués dans ces derniers étaient saoudiens. Dans le prolongement de cette polémique, l’élection de Barack Obama en 2008 gâte encore plus les choses. Le président américain prend ses distances avec le plus grand pays du Golfe Persique, et l’accord sur le nucléaire trouvé en 2015 avec l’Iran, ennemi juré des Saoudiens, rend fou de rage le roi Salmane Abdelaziz Al-Saoud. Alors que l’idylle américano-saoudienne semblait réellement menacée, le couple retrouve une stabilité rarement atteinte avec l’élection de Donald Trump. En choisissant Riyad pour son premier voyage présidentiel officiel, en mai 2017, l’ancien président américain réaffirme une confiance des États-Unis à l’Arabie Saoudite qui avait été quelque peu altérée. Par ailleurs, il n’hésite pas à mettre en scène sa relation très cordiale avec le prince héritier Mohammed Ben Salmane. 

          Si l’Arabie Saoudite entretient une relation « spéciale » avec les États-Unis, et dans une moindre mesure avec le Royaume-Uni, le reste de l’Occident dispose également de relations politiques et économiques étroites avec le royaume depuis la Seconde Guerre Mondiale. En cause, l’attrait irrésistible du pétrole saoudien, abondant et de très bonne qualité. Les pays européens développent des partenariats bilatéraux avec les Saoudiens. C’est le cas de la Prenons le cas de la France. Celle-ci construit une coopération forte avec l’État péninsulaire à partir des années 1960. Si la signature d’un traité technique et culturel en 1963 en pose les fondements, c’est surtout au niveau commercial que les échanges se développent. Dès 1973, l’Arabie Saoudite devient la première source de pétrole pour la France, position qu’elle occupe toujours en 2021. En contrepartie, la France exporte principalement du matériel militaire depuis 1965 au royaume. Ces achats d’armes ont sensiblement augmenté pendant plusieurs décennies pour atteindre des sommes exorbitantes : de 2008 à 2017, les Saoudiens ont commandé pour 11 milliards d’euros d’armes à la France. 

MBS : des faits et gestes qui ne passent pas  

        L’idylle entre Occident et Arabie Saoudite a résisté au temps malgré quelques disputes. En 2017, les échanges entre Occidentaux et Saoudiens battent leur plein : le pétrole saoudien est bon marché après une forte baisse des cours, Donald Trump redonne de fortes certitudes au royaume sur le soutien américain si précieux au régime, l’Arabie Saoudite achète de nombreuses armes en retour… Le calme avant la tempête.

          Mohammed Ben Salmane, nouvellement choisi par le roi Salmane Abdelaziz Al-Saoud pour lui succéder sur le trône, incarne le renouveau aux yeux de l’Occident. Alors même qu’il n’était pas encore officiellement prince héritier, MBS donnait d’immenses espoirs à l’Occident en présentant son plan « Vision 2030 » en avril 2016, visant à sortir le pays de sa rente pétrolière par la diversification de ses activités et le développement du secteur privé. « Nous vivons dans une société moderne où il est difficile de ne pas être transparent et où il est difficile de cacher un secret. Il est très important de fournir des informations à tout le monde, y compris aux citoyens, au secteur privé et au public pour qu’ils puissent prendre part au dialogue dans notre patrie ». 

          Pour se donner les moyens de réaliser ses ambitions débordantes de modernité, MBS lance en parallèle le projet titanesque « Neom » : la construction d’une ville futuriste qui ferait « 250 fois la taille de Paris », à la pointe de la technologie mondiale et aux mœurs plus douces que dans le reste du pays (l’alcool y serait autorisé). Si le peuple saoudien est plein d’espoir, l’Occident est aux anges ! La promesse d’une Arabie Saoudite progressiste et qui cherche à leur ressembler est un soulagement après les tensions des deux dernières décennies. Trop beau pour être vrai…

Aperçu de Neom telle qu’elle était envisagée par Mohammed ben Salmane au début du projet

          Le passage du doux rêve à la dure réalité est difficile à avaler pour l’Occident. Premier accroc : l’affaire Saad Hariri. En novembre 2017, le premier ministre libanais avait surpris la communauté internationale en annonçant sa démission depuis l’Arabie Saoudite. Fin décembre, le New York Times avance la thèse d’une démission forcée par MBS pour faire pression sur le Hezbollah, le parti politique chiite très influent au Liban et ayant de forts liens avec le grand ennemi iranien. Si la France et son président Emmanuel Macron ont réussi à résoudre rapidement la crise en négociant l’exfiltration de Saad Hariri et sa reprise de fonctions, le regard de l’Occident sur MBS n’est plus le même, et l’espoir fait place à la méfiance. 

          Cette méfiance est justifiée, puisque le 2 octobre 2018, Jamal Khashoggi, journaliste au Washington Post et dissident au régime saoudien, est assassiné au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul. Face à l’indignation de la communauté internationale, tout est fait pour dédouaner MBS de cette affaire, naturellement soupçonné d’avoir orchestré ces assassinats. Huit personnes furent accusées d’avoir assassiné Khashoggi, cinq d’entre elles condamnées à la peine capitale. Mais, comme par hasard, la famille du journaliste pardonne les meurtriers et leurs peines sont annulées par les tribunaux saoudiens en septembre 2020. Une « farce » et une « parodie de justice » pour la rapporteuse spéciale de l’ONU Agnès Callamard. Les relations politiques et commerciales entre Occident et Arabie Saoudite ne sont paradoxalement pas touchées outre mesure par cette affaire abominable. Si tous les pays occidentaux le condamnent et sanctionnent les personnalités présumément impliquées, peu décident de sanctionner le régime saoudien. Seule l’Allemagne tente d’imposer un embargo sur la vente d’armes à destination du royaume, ni la France ni les États-Unis ne suivent. Finalement, MBS aura fortement écorné son image et éveillé les soupçons, mais son coup est réussi. L’idylle plie mais ne rompt pas.  

          MBS a aveuglé l’Occident en donnant l’illusion d’être un dirigeant prompt à réformer l’Arabie Saoudite par des progrès sociaux et des projets pétillants. Mais ce qu’il veut en vérité, c’est le pouvoir, c’est faire régner l’ordre. Et tout ce qui viendrait s’opposer à son pouvoir, il s’en débarrasse. Preuve en est cette purge qu’il a menée au sein de sa propre famille, en mars 2020, en arrêtant quatre princes de haut rang, dont son oncle Ahmed ben Abdelaziz, qui avait critiqué son implication dans la guerre au Yémen. MBS fait fi des réprimandes occidentales, en particulier venant d’Angleterre dans cette affaire, où son oncle habitait. Il sait que l’attrait du pétrole est trop grand, il est convaincu qu’il sera pardonné quelle que soient les atrocités perpétrées car le partenariat économique et politique qui le lie aux Occidentaux est trop important pour ces derniers. Mais si le prince héritier pense être en position de force, l’avenir pourrait lui donner tort. 

Joe Biden, la mauvaise pioche pour MBS

          Stupeur à Riyad le 7 novembre 2020. A l’issue d’un scrutin dont le dépouillement aura duré plusieurs jours, la plupart des médias américains annoncent Joe Biden vainqueur devant le président sortant Donald Trump. Ce dernier conteste les résultats, dénonçant une fraude électorale massive, et l’Arabie Saoudite, bien qu’elle aurait espéré un retournement de situation en faveur de celui qui l’a chéri durant son mandat, finit par féliciter Biden le lendemain. MBS déclare à cette occasion « aspirer à poursuivre la coopération conjointe entre les deux pays amis ». Derrière ce discours amical, l’arrivée de Joe Biden représente un coup de tonnerre pour MBS qui pourrait bien compromettre l’idylle séculaire américano-saoudienne. En effet, l’Arabie Saoudite craint le pire de l’élection d’un candidat qui n’avait pas hésité à promettre l’interdiction de la vente d’armes américaines à destination du royaume, pour faire d’eux « les parias qu’ils sont ». Et cette crainte est justifiée. 

       Si Biden a souvent été raillé par Donald Trump pendant la campagne présidentielle pour sa mollesse et son manque de punch, il apparaît au contraire d’une fermeté étonnante dès ses premières prises de contact avec le royaume de la péninsule arabique. Lors de son premier échange avec les autorités saoudiennes fin février, quelques semaines après sa prise de fonctions, il dit vouloir « recalibrer » ses relations avec le royaume.  Quel sens donner à cette déclaration, demanderez-vous. Par « recalibrer », Biden entend d’abord s’adresser aux personnes attitrées. Le porte-parole de la présidence américaine Jean Psaki a ainsi indiqué : « l’homologue du président est le roi Salmane et il aura un échange avec lui le moment venu ». En choisissant le roi Salmane Abdelaziz Al-Saoud comme interlocuteur saoudien officiel, MBS tombe de son piédestal. Par ailleurs, pour Emma Soubrier, chercheuse à l’Institut des États arabes du Golfe à Washington, le nouveau président américain désire mettre fin à des relations avec l’Arabie Saoudite qui « étaient fondées sur des relations interpersonnelles » sous l’administration Trump. De quoi faire comprendre à MBS que ses délires de toute puissance ont une limite. D’autant que la publication promise d’un rapport de la CIA sur l’implication potentielle de MBS dans l’assassinat de Jamal Khashoggi en 2018, gardé secret sous Trump, pourrait être un nouveau coup dur pour le prince héritier. 

      C’est bel est bien le cas quelques jours plus tard lors de la publication dudit rapport. L’enquête menée par la CIA après le meurtre de Jamal Khashoggi à Istanbul a abouti à la conclusion que MBS avait approuvé cette opération. MBS, en plus d’être mis à l’écart, est donc reconnu comme pleinement impliqué dans l’assassinat du journaliste dissident au régime saoudien. Lui qui se voyait tout puissant et qui pensait sortir indemne de cette affaire se trouve fortement fragilisé. Si la publication du rapport n’a donné lieu à aucune sanction significative, elle malmène la relation d’amitié entre Arabie Saoudite et États-Unis, le premier voyant son dirigeant accusé par le second d’avoir approuvé un meurtre honteux. 

Face à la fermeté, la séduction

            La fermeté de Joe Biden vis-à-vis de l’Arabie Saoudite et la fragilisation que celle-ci engendre montre bien que le royaume n’a pas la position forte et voit la pérennité de l’idylle menacée dès que l’Occident hausse le ton. D’autant plus que le pétrole, qui faisait tout l’intérêt d’un partenariat solide pour les Occidentaux, est de moins en moins un atout pour le régime. En effet, si Trump a noué une solide amitié avec MBS, il a aussi relancé fortement la production américaine de pétrole de schiste, si bien que les États-Unis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole en 2019 devant l’Arabie Saoudite. Même si les États-Unis ont toujours besoin du pétrole saoudien car pas encore totalement indépendants énergétiquement, cette nécessité d’exploitation de l’or noir du royaume n’est plus aussi déterminante qu’avant et tend à décroître. 

          Même si le reste de l’Occident continue à s’approvisionner en pétrole saoudien, les scandales à répétition créés par le royaume le place sous la menace de sanctions lourdes en cas de nouvelle crise. Le pétrole saoudien n’est de toute façon pas vital, les autres producteurs ne manquent pas. La situation est donc bien inconfortable pour MBS, et, face à une idylle menacée, le prince héritier tente de jouer la carte de la séduction. 

          Première nouvelle censée ravir l’Occident et surtout l’allié historique américain : la reprise de contact avec Israël. Fin novembre 2020, quelques semaines après la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle américaine, MBS rencontre officieusement le premier ministre israëlien Benyamin Nétanyahou à Neom, en compagnie de l’ancien  secrétaire d’Etat américain Mike Pompéo. La normalisation des relations entre les deux pays fait débat dans le royaume et n’est pas encore à l’ordre du jour, mais une entrevue entre leurs deux chefs d’État est tout à fait exceptionnelle et représente une avancée majeure qui ne manque pas de ravir l’allié américain. 

        MBS est prêt à tout pour reconquérir le coeur américain et continue dans son opération de séduction. Début janvier, il met fin à un embargo mis en place il y a trois ans et demi contre le Qatar, autre puissance émergente du Golfe Persique dont les connivences avec l’Iran avaient fortement déplu. Critiqué par les Occidentaux pour ce choix d’embargo, le choix de MBS de tourner la page est félicité par ces derniers. 

Mohammed Ben Salmane accueillant l’émir du Qatar Tamim Al Thani

         Le prince héritier va même jusqu’à faire ce que personne n’aurait pu espérer qu’il fasse : une reprise de contact avec l’ennemi juré iranien. Le 23 avril 2021, l’Arabie Saoudite ouvre des pourparlers avec l’Iran dans le but d’apaiser les tensions entre les deux pays après cinq ans de rupture diplomatique. Un acte de plus pour attirer la sympathie de Biden, qui n’a pas caché sa volonté de renégocier l’accord sur le nucléaire iranien que Trump avait fait voler en éclat. 

     Ces efforts consentis par l’Arabie Saoudite pour redorer son image aux yeux de l’Occident montre bien qu’elle est en position de faiblesse et sait que l’idylle pourrait prendre fin à la prochaine affaire où le gouvernement saoudien serait soupçonné d’être impliqué. MBS est conscient qu’il n’est plus en position de force et doit faire des choix parfois à contre coeur pour rassurer les Occidentaux et notamment les Etats-Unis présidés par un Biden qui leur est beaucoup plus hostile que Trump. Le royaume détient donc encore les clés de la pérennité de l’idylle entre Arabie Saoudite et Occident. A lui d’en faire bon usage. 

Sources : 

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Mathias Herse

Étudiant français en Master in Management à HEC Paris (Promotion 2024). Membre de KIP et contributeur régulier.

French student in Master in Management at HEC Paris (Class of 2024). Member of KIP and regular contributor.