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amour sites de rencontre
Illustration par Julie Omri pour KIP.

A la recherche du Meetic amour

Aucun parent n’échappe un jour à la traditionnelle question « Dis Papa, comment vous vous êtes rencontrés Maman et toi ? ». Jusqu’à il y a peu, les réponses restaient souvent traditionnelles : « À l’université », « Au travail », « Dans un bar » ou encore « Un ami commun nous a présentés l’un à l’autre ». Pourtant, au vu de l’augmentation exponentielle au cours des dernières années du nombre de personnes inscrites sur un site ou une application de rencontre, on peut très bien imaginer que d’ici une dizaine d’années, la réponse « J’ai ouvert mon portable, j’ai vu une photo de ta mère et j’ai balayé sur la droite, ça a été le début d’une belle et romantique histoire d’amour » soit également répandue.  Pourtant, ces applications et sites de rencontre risquent bien de détruire la vision classique de l’amour.

Les sites de rencontre ont aujourd’hui le vent en poupe…

Ces sites et applications sont assez récents : Meetic a vu le jour en 2001, adopteunmec.com en 2008 et Tinder en 2012. Elles sont donc un pur produit du phénomène de digitalisation qui frappe de plein fouet la société occidentale du XXIème siècle. Ces applications de rencontre sont l’étape suivante logique du même raisonnement qui a amené à la création des réseaux sociaux. En effet, si des sites tels que Facebook, Instagram ou Twitter souhaitant mettre en contact des personnes issues des quatre coins du monde ont pu devenir en l’espace de quelques années des mastodontes du web, pourquoi ne serait-il pas possible d’aller encore plus loin dans l’exploitation de ce juteux filon en décidant de virtualiser aussi les rencontres amoureuses ? Le succès est très clairement au rendez-vous : la société française Meetic réalisait en 2018 un chiffre d’affaires de 126 492 000 €. Devant de tels chiffres, nombres d’entrepreneurs ont flairé le bon coup et les sites de rencontres se multiplient, de plus en plus spécialisés. Il est ainsi aujourd’hui possible de s’inscrire sur un site ne regroupant que des individus de son orientation sexuelle, de son âge, de son origine ou encore de sa religion. Le marché des sites de rencontre est donc aujourd’hui encore en plein explosion.

… Néanmoins cette situation ne semble que conjoncturelle

Deux éléments semblent néanmoins clairement permettre de relativiser la montée en puissance des sites de rencontre. Premièrement, ils bénéficient de l’effet de nouveauté inhérent à tout nouveau produit arrivant sur le marché. La nouveauté séduit et, dans un premier temps au moins, suscite la curiosité. Le plus difficile pour une innovation est de capitaliser sur cet intérêt de départ pour fidéliser les consommateurs et pérenniser sa communauté qui se montrera de plus en plus exigeante. Dans le cas des réseaux sociaux, après la folie des débuts est arrivé le temps des critiques concernant ces « amis » virtuels qui ne remplaceront jamais des contacts réels et la gestion des données des utilisateurs dont l’apogée fut le scandale Cambridge Analytica. Gageons que d’ici quelques années de tels débats pourraient avoir lieu concernant les sites de rencontre, même si il est vrai que ce risque est moindre du fait que ceux-ci ont dû suivre un long chemin vers la respectabilité.

Il semble aussi important de signaler que les sites de rencontre bénéficient d’un fort avantage conjoncturel actuellement. En effet, la crise sanitaire que nous traversons depuis bientôt un an et les multiples restrictions qui en ont découlé rendent beaucoup plus difficile de rencontrer l’âme sœur par hasard. Beaucoup se replient donc sur les sites de rencontre qui connaissent une augmentation de fréquentation majeure. Par exemple, Meetic et Tinder ainsi que de nouvelles applications comme Bumble ont pu tirer leur épingle du jeu en proposant de nouvelles méthodes de dating confiné. Mais lorsque cette période sera derrière nous, combien parmi ces nouveaux inscrits auront été fidélisés et combien préfèreront ressortir de chez eux pour revenir à des méthodes plus traditionnelles ? Là est toute la question.

Les sites de rencontre : une proposition attirante pour une déception quasi assurée

Si vous consultez la page d’accueil d’un de ces sites, chacun d’eux vous promettra des rencontres « sérieuses » avec des célibataires « de qualité » aux profils « vérifiés ». Cette surenchère dans une soi-disant offre sûre (qui sous-entend d’ailleurs que par quatre questions à l’inscription on pourrait connaître la « qualité » de quelqu’un) cache un des principaux risques des applications de rencontre : on ne sait jamais qui est de l’autre côté de l’écran. Peut-être est-ce le prince charmant, le match parfait que vous attendiez depuis si longtemps, mais peut-être s’agit-il tout simplement d’un(e) sinistre sire qui au mieux disparaîtra dès le matin venu, au pire n’attendra même pas le premier rendez-vous pour vous envoyer une photo de ses attributs en gros plan.

Les plateformes font des efforts aujourd’hui. Elles tentent de prendre la mesure du défi que représentent la traque des faux profils de pervers et de diversifier leur offre afin de s’extirper du lourd costume de simples sites visant à rassembler des célibataires pour une nuit seulement. Ainsi Meetic propose aujourd’hui des dates quasiment sur mesure pour ses adhérents. Mais sur ce point un long chemin est encore à parcourir.

Les sites de rencontre de par leur modèle économique dénaturent de fait les relations amoureuses

Reprenons la situation du début de notre article. Imaginez que dans dix ans votre enfant vous demande la manière dont vous avez rencontré votre mari. A ce moment-là, fièrement, vous pourrez lui dire : « J’ai payé 43,99€ par mois pour un abonnement Tinder Platinum. Grâce à ça j’ai pu swiper sur 4300 profils sans m’arrêter. Parmi eux, il y avait ton père qui m’a répondu ». Que voilà un bien bel exemple donné aux générations futures qui auront après un tel discours compris la beauté et la pureté de l’amour. Si certains exemples nous montrent que l’amour peut être trouvé sur un site de rencontre, il y a sans doute des moyens plus conventionnels de découvrir son âme sœur que de finir avec une luxation du pouce.

Ce cas quelque peu caricatural montre bien l’un des principaux dangers que l’on peut encourir à chercher l’amour sur les sites de rencontre. Le modèle économique de ces applications les oblige à se financer en recourant à un pack d’abonnement, on ne peut pas leur reprocher. Pour autant, faut-il accepter que dans un tel domaine l’argent puisse autant entrer en ligne de compte ? Peut-on tolérer que deux personnes n’aient pas la même chance d’accéder à l’amour simplement parce que l’une peut dépenser plus de 500€ par an ? Il s’agit en tout cas d’une dérive dangereuse… Si les applications de rencontre représentent l’avenir des rencontres amoureuses, celui-ci s’annonce donc bien sombre.

Du même auteur : L’émergence de l’empire Marvel, nouveau mythe d’Icare au XXIème siècle

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Julien Vacherot

Étudiant français en Master in Management à HEC Paris (Promotion 2024). Membre de KIP et contributeur régulier.

French student in Master in Management at HEC Paris (Class of 2024). Member of KIP and regular contributor.