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Illustration d'Henri Loppinet pour KIP.

Tokyo 2021 : analyse et commentaire d’une décision logique aux conséquences économiques et sportives sans précédent (ou presque)

La décision est tombée. Comme si elle succédait à un roulement de tambours orchestré par un cortège de fédérations sportives du monde entier.

Tour à tour, les fédérations de natation, d’athlétisme américaines, puis le comité olympique canadien ont partagé leur décision commune de ne pas s’aligner du 24 juillet au 9 août 2020 dans la capitale japonaise.

Dès lors la rumeur a commencé à enfler, que dis-je à exploser, présentée comme inéluctable sur tous les plans, éthique, social et surtout sportif.

Il est 14 heures heure française, 22 heures à Tokyo, lorsque la plus haute instance japonaise, le Premier ministre Shinzo Abe, prie officiellement le CIO (Comité International Olympique) de bien vouloir repousser les Jeux Olympiques d’un an. Une demande que Thomas Bach, président de ce même CIO, s’empresse d’accepter.

La décision du report n’est en réalité pas détaillée très clairement, puisqu’elle indique plutôt une durée de 365 jours donnée au CIO pour organiser l’intégralité des compétitions.

Une décision inéluctable, mais d’ores et déjà dans l’Histoire du sport

Depuis l’organisation des premiers Jeux Olympiques modernes, seules trois éditions ont déjà été annulées. Aucune n’a été reportée. La Grande Guerre avait eu raison de l’édition 1916 qui devait se tenir à Berlin, la guerre sino-japonaise de ceux de 1940 à Tokyo déjà, et le second conflit mondial de ceux de 1944 à Londres. Ces JO 2020, ou 2021, sont donc les premiers à avoir été si menacés depuis ceux de 1980 à Moscou. Une édition marquée par le boycott d’une partie des pays Occidentaux. Ce report est aujourd’hui plutôt le symbole d’un monde au cœur d’un épisode inédit par son ampleur, plus proche d’une crise que d’une guerre mondiale.

Sur le plan sportif, ce report est une vraie révolution

La pandémie de coronavirus ayant eu raison de nombreux programmes d’entraînement et de préparation aux Jeux Olympiques pour une très large majorité des athlètes, la possibilité d’un report du plus grand évènement mondial s’est faite de plus en plus pressante.

Réclamée par une grande majorité des sportifs, l’annonce faite ce mardi vient à la fois rassurer des athlètes qui voyaient une grande partie de leur préparation tronquée, et rétablir l’équité entre fédérations nationales : certaines autorisaient encore certains de leurs sportifs à utiliser leurs infrastructures. C’est l’appel qui avait été lancé le samedi 21 mars par Gilles Sezionale, Président de la Fédération Française de Natation, évoquant « l’indécence qui consiste à ne pas étudier la possibilité d’un report »[1] face à la position pour le moins claire du gouvernement japonais jusqu’alors.

Pourtant, cette décision est très loin de ne faire que des heureux, et va devenir le cauchemar de nombres d’organisations et de fédérations nationales et internationales, qui se doivent désormais de réorganiser un bazar organisationnel déjà calé au jour près, des années à l’avance.

C’est notamment le cas des fédérations d’athlétisme et de natation, deux disciplines phares de l’olympisme, et pour lesquelles devaient se dérouler de mi-juillet à fin août 2021 leurs championnats du monde respectifs, au Japon, à Fukuoka pour les nageurs et à Eugene dans l’Oregon pour les athlètes.

Mais le choix qui a été fait en ce début d’après-midi ne pouvait être sans conséquences. Il se devait d’être le « moins mauvais » possible, pour concilier les intérêts de chacun, et notamment les intérêts économiques, qui semblent ne pas avoir été réellement consultés dans la prise de décision.

Le report des Jeux, une décision aux conséquences économiques monumentales

Comme tout le monde le sait, les Jeux Olympiques sont très souvent une affaire de gros sous, et ce report n’est pas sans conséquences dans ce domaine.

Cheval de bataille de l’attribution de Jeux Olympiques, le budget des Olympiades est observé, analysé, scruté dans les moindres détails, que ce soit à propos du financement, de l’attribution des fonds et surtout de la reconversion des infrastructures.

Pour éviter des situations telles qu’ont connues Pékin, et dans une moindre mesure Londres, le village olympique à Tokyo est composé de milliers d’appartements exceptionnels, avec une vue imprenable sur la capitale japonaise, qui seront revendus une fois les jeux achevés.

Mais une des plus grandes problématiques économiques que suscite le report est bien à ce propos : les appartements ont d’ores et déjà tous été vendus à des prix exorbitants, pour être occupés dès octobre 2020. Le report rend cette livraison des appartements plus que compromise, quasi impossible. Il semble plus qu’improbable de demander à des résidents de quitter ces appartements plus d’un mois à l’été 2021 pour laisser la place à des athlètes pour les Jeux Olympiques et paralympiques.

Bien qu’évidente, la décision d’un report de ces Jeux Olympiques 2020, ou peut-être 2021 en fonction de ce que décideront les instances olympiques, pose de très nombreuses problématiques au-delà du simple enjeu économique. À l’instar de l’Euro 2020, et de l’UEFA qui n’a toujours pas statué sur le nom de ce championnat d’Europe de football reporté également d’une année, le CIO va très certainement mettre plusieurs semaines, si ce n’est plusieurs mois, à tenter de trouver des solutions pour pallier tous les nouveaux défis qu’un report d’une telle ampleur implique.

 

Maxime Labrot

Maxime Labrot

Étudiant français en Master in Management à HEC Paris (Promotion 2023).
Membre de KIP et contributeur régulier.

French student in Master in Management at HEC Paris (Class of 2023).
Member of KIP and regular contributor.