KIP

Le Meilleur des Mondes #3 – L’islamo-gauchisme : la réalité devenue invective

Ces dernières semaines, plusieurs débats ont traversé voire enflammé les universités françaises, comme l’atteste la toute récente polémique provoquée par les propos de Monsieur Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale. Selon lui, «l’islamo-gauchisme est un fait social indubitable qu’il faut regarder en face ». Ses déclarations font suite à la demande par Frédérique Vidal au CNRS de mener une enquête sur les travaux universitaires à connotations islamogauchistes. Mais si le terme est tant polémique, c’est parce que cette expression imprécise finit par incarner pour beaucoup tous les maux de la société. Et si ces maux sont certains, ce n’est pas en les dénonçant de manière maladroite que nous les résoudrons.

Un terme polysémique

Le terme d’islamo-gauchisme apparait en 1994 sous la plume de Chris Harman, trotskiste anglais du Socialist Worker Party. Celui-ci avait théorisé une alliance politique entre le socialisme et l’islamisme dans son livre Le prophète et le prolétariat. Le but était simple : unir les détracteurs du capitalisme dans une même cause. Le mot en français est introduit par le sociologue Pierre-André Taguieff en 2002 pour désigner une autre convergence de l’extrême gauche et des islamistes, cette fois-ci contre Israël.

Mais ces sens-là de l’islamo-gauchisme ne concernent pas assez la société française pour être au cœur du débat. Celui qui provoque cette adversité désigne plutôt la cécité d’une partie de la gauche devant le danger de l’islamisme radical dans notre république.

Le besoin d’identifier plus précisément les problèmes de notre société

Alors oui, la question de la radicalisation au sein même de notre territoire est inquiétante. Oui, certains comportements encouragent cette radicalisation.  Mais il est fort dommage de constater que nos représentants politiques les plus hauts placés n’hésitent pas à employer ce terme inflammable qui porte en lui la discorde. Car à force d’y associer tous les défauts du socialisme, le mot n’est plus qu’une insulte au cœur de l’opposition entre une droite acquise aux idées néoconservatrices et une gauche républicaine défendant une certaine vision de la laïcité.

Constater et dénoncer des luttes identitaires au sein de notre société n’est pas suffisant. Taxer quelqu’un d’islamo-gauchisme, ou bien s’en revendiquer fièrement, c’est faire le jeu des extrêmes qui tirent de cette opposition la source de leurs influences. L’intention n’était pourtant pas mauvaise : s’assurer du maintien des valeurs républicaines au sein de nos universités et s’imposer fermement contre la radicalisation.

Bref, dénoncer le danger de l’islamo-gauchisme n’est pas vain, mais employer ce terme n’est pas très fin.

Paul Berlemont

Paul Berlemont

Etudiant à HEC, je réalise des podcasts à KIP!