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Le temps presse pour les ours
Montage de Hugo Sallé pour KIP

Climat : il est encore temps… mais le temps presse

Face à des chiffres alarmants, les internautes semblent choisir l’optimisme.

C’est en tout cas ce que l’on retient des réactions observées sur les réseaux sociaux, globalement, depuis la publication du dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique (GIEC).

Le rapport sur « Les impacts d’un réchauffement climatique global de 1,5°C par rapport à 2°C et les trajectoires d’émission de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement à 1,5°C, dans le cadre plus général du développement durable et de l’éradication de la pauvreté » publié ce lundi 8 octobre par les scientifiques internationaux du GIEC nous répète des chiffres que nous avons tous l’impression d’avoir entendu de nombreuses fois. Et, pourtant, ce rapport était particulièrement attendu puisqu’il avait été commandé à la suite de la signature de l’Accord de Paris sur le climat. Un texte qui, pour l’instant, ne prouve pas son utilité puisque la hausse actuelle des températures est plus rapide que ce qui avait été prévu par l’accord. Et la différence entre la hausse de 2°C prévue pour 2100 par l’accord et celle de 3°C vers laquelle nous nous dirigeons actuellement n’est pas anodine : elle entraînerait une élévation du niveau des mers et une aggravation des événements climatiques extrêmes bien plus importante.

Le rapport précise tout de même que tout n’est pas perdu puisque c’est l’activité humaine qui est en grande partie responsable de cette situation. Et ce message plus positif n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd : après les premières réactions alarmistes qui ont suivi la publication du rapport, des réactions plus positives ont envahi les réseaux sociaux. Le Président de la République Emmanuel Macron lui-même a commenté sur Twitter que « nous av[i]ons toutes les cartes en main pour lutter contre le réchauffement climatique. Mais il faut que tout le monde agisse maintenant ! ».

Le même jour que celui de la publication du rapport, un groupe de youtubeurs s’est principalement illustré avec une vidéo intitulée « Pour le climat et la biodiversité, il est encore temps ». Dans ce clip, qui a récolté plus de 7 millions de vues en moins d’une semaine, les intervenants admettent que la situation est très grave, mais qu’il est possible de changer la donne. Et au lieu de répéter de grands principes d’actions flous, qui doivent indéniablement être définis par les institutions internationales mais qui peuvent paraître abstraits pour le citoyen lambda, ils proposent plusieurs exemples de solutions concrètes face au phénomène de montée des températures. Les initiatives individuelles possibles sont nombreuses : arrêter de consommer de l’huile de palme, acheter en vrac ou boycotter les banques comme la Société Générale qui continuent d’investir dans « les projets les plus sales et les plus destructeurs pour le climat » (d’après leurs termes) par exemple.

L’objectif de la vidéo est principalement de promouvoir la création d’un site qui recense toutes les initiatives locales possibles pour changer la donne environnementale à l’échelle d’un individu ou d’un groupe : ilestencoretemps.fr. Le but est de rendre le plus grand nombre possible de citoyens conscients de la situation écologique, mais surtout du rôle qu’ils peuvent jouer en boycottant, militant, et en changeant leurs habitudes de vie, de façon à ce que les pouvoirs publics et les entreprises n’aient à leur tour pas d’autre choix que de changer leur mode de fonctionnement.

Quand il se rend sur le site, l’internaute se voit poser plusieurs questions pour définir s’il préfère agir seul ou en groupe, dans la vraie vie ou sur Internet. De cette manière, les actions quotidiennes qui lui seront proposées seront adaptées à ses envies et à sa capacité d’action. Personnaliser les initiatives proposées et les rendre le plus concrètes possible, c’est la solution d’après Vincent Verzat, initiateur du projet, pour lequel « tout le monde sait qu’il se passe quelque chose et personne ne sait quoi faire ».

Il ne faut pas remettre en question le fait que les conclusions du rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique sont très graves et témoignent du fait que les Etats, les acteurs économiques et les citoyens n’ont pas encore compris que la passivité n’était pas la solution. Tomber dans un optimisme exagéré ne serait pas bénéfique à la cause, puisque les constats sont inquiétants et qu’il est nécessaire d’agir. Mais le succès rencontré sur les réseaux sociaux par ce projet de vidéo démontre qu’un grand nombre de personnes s’intéressent à la cause défendue et sont à la recherche d’actions à mettre en place. De plus, comme le rappelle Vincent Verzat, « [l]es médias ont des relations beaucoup trop ténues avec les industriels et publicitaires » pour pouvoir attaquer clairement certains responsables, comme la Société Générale (citée dans le clip). Internet, et la liberté d’expression qui l’accompagne, ont donc joué un rôle primordial pour la diffusion de la vidéo. Les réseaux sociaux ne sont certainement pas parfaits, mais force est de constater qu’ils ont rempli leur rôle dans le cadre de ce projet. Et un peu d’optimisme ne ferait de mal à personne.

Illustration : Montage de Hugo Sallé pour KIP

Sources et renvois

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Margaux Boulte

Étudiante française en Master in Management à HEC Paris (Promotion 2022).
Secrétaire générale, intervieweuse et contributrice régulière.

French student in Master in Management at HEC Paris (Class of 2022).
General secretary, interviewer and regular contributor.

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