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À Paris, le Grand Palais accueillait la FIAC 2019.

FIAC 2019 : la face accessible du marché de l’art

Avec 74 580 visiteurs[1] en cinq jours, la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain) a confirmé cette année son pouvoir d’attraction : sa fréquentation est en hausse de 2,87 % par rapport à l’année dernière et elle touche un public de plus en plus large. Cette foire regroupe des œuvres mémorables et vendues à plusieurs millions d’euros, mais aussi des œuvres d’art contemporain plus abordables en termes de prix et d’intelligibilité.

Depuis les années 1990, le marché de l’art contemporain semble être devenu un marché d’élite et de luxe inaccessible. Alors que ses prix ne cessent de s’envoler, son chiffre d’affaires à l’échelle mondiale battait un record en 2018. En hausse de 19 %, il est passé de 100 millions à 1,8 milliards de dollars entre 2000 et 2018[2]. Des montants complètement fous.

Mais ce marché n’est pas homogène et regroupe des acteurs aux nationalités et aux influences différentes. Certains parlent même d’un marché de l’art à double-vitesse, et longtemps la FIAC en a été le reflet : elle rassemble à la fois des artistes stars de l’art contemporain et des acteurs aux moyens plus modestes qui se battent pour être exposés pour la première fois. Pourtant, dans une interview donnée en 2018 à Franceinfo, Thierry Ehrmann, président d’Artprice et expert du marché de l’art contemporain, invitait la FIAC « à desserrer cet étau élitiste et anglo-saxon pour ouvrir sa porte aux jeunes talents français». Il continuait en expliquant que « la FIAC, c’est le totem annuel auquel toutes les galeries françaises se préparent. Une FIAC réussie peut sauver des milliers d’emplois. » En effet, la FIAC permettrait de promouvoir les artistes français et ainsi soutenir leurs efforts de création. 

Vivier d’étoiles montantes de l’art contemporain, la FIAC 2019 semble avoir écouté les conseils de Thierry Ehrmann : on pouvait y rencontrer de jeunes artistes, souvent inconnus mais surprenants de talent, ainsi qu’un public moins expert et moins fortuné. Certes, la FIAC reste un rendez-vous incontournable pour beaucoup de collectionneurs expérimentés et de professionnels des musées, mais les habitués des lieux marchent désormais aux côtés de néophytes. Et cet engouement nouveau des foules pour l’art contemporain s’explique certainement par la hausse du nombre de foires dans le monde, évènement public par opposition au caractère privé des galeries. 

Cette année la FIAC a réuni près de 197 galeries au Grand Palais à Paris. C’est un événement majeur, il est la preuve que les foires occupent une place grandissante dans le monde de l’art contemporain. Selon le rapport d’Art Basel et UBS publié en juin 2019[3], elles représentent une part non négligeable d’un  marché mondial de l’art évalué à 67,4 milliards de dollars. On estime que les foires y participent à hauteur de 16,5 milliards de dollars, soit 6 % de plus qu’en 2018. Ces événements sont donc particulièrement importants dans la vie des artistes : en effet, les galeristes participant à ces foires y réalisent près de 46 % de leur chiffre d’affaires annuel (toujours selon cette même étude).

Depuis plusieurs années donc, les ventes d’art contemporain se font surtout dans des endroits comme la FIAC. Les collectionneurs se déplacent moins dans les galeries et les directeurs de foires l’ont bien compris. Ils savent désormais qu’il ne faut pas seulement choisir les bonnes galeries, mais aussi attirer un public large, international, diverse, cosmopolite, avec un seul point commun : l’envie de découvrir l’art contemporain. Depuis l’arrivée de la directrice artistique Jennifer Flay, la FIAC n’a cessé de rendre plus accessible le monde de l’art. 

Ancienne galeriste, Jennifer Flay veut insuffler à la FIAC  un esprit collaboratif et cosmopolite. Au fond, une foire, c’est un lieu de rencontres et d’échanges spontanés. Le succès de la FIAC tient probablement à la proximité qu’elle permet d’établir entre visiteurs, collectionneurs, galeristes et artistes. On peut se balader dans les allées et écouter les histoires de ceux qui viennent vendre des œuvres. La FIAC, c’est le pont dont avait besoin le public pour oser s’intéresser au mastodonte, l’art contemporain. Il y a en a pour tous les goûts, et de plus en plus, même s’ils restent élevés, à tous les prix. 

Des galeries à tout prix, et un public cosmopolite. En effet, pour être réussie une foire d’art, comme tout événement physique, doit s’adapter aux habitudes du public qu’elle vise. Et d’année en année la FIAC réussit à séduire les acteurs français. Aux États-Unis, les collectionneurs sont impulsifs, compulsifs presque. À la FIAC, j’ai pu constater que la démarche est tout autre. À Paris, les acheteurs n’achètent pas dans l’immédiat mais ils prennent le temps de s’intéresser aux œuvres en discutant longuement avec les galeristes. Ils échangent un numéro ou une adresse  mail pour rester en contact même si l’achat n’a lieu que bien plus tard, ou même jamais. C’est l’engagement et la compréhension de l’œuvre qui compte avant tout. Puisque l’art est avant tout question de perception et non de prix, la FIAC s’attache à donner accès à l’art contemporain au plus grand nombre. De quoi redonner confiance à tous ceux qui pensent que l’art contemporain, « ce n’est pas pour eux  »

En octobre 2019, FIAC pluvieuse, FIAC heureuse.

Sources et renvois

[1] Artprice, entreprise française de cotation du marché de l’art sur Internet, et de vente d’œuvres d’art en ligne.

[2] Rapport Annuel Artprice du Marché de l’Art Mondial, 2018.

[3] The Art Basel and UBS Global Art Market Report, 2019.

Margaux Fodéré

Margaux Fodéré

Étudiante française en Master in Management à HEC Paris (Promotion 2022).
Présidente de KIP.

French student in Master in Management at HEC Paris (Class of 2022).
President of KIP.

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