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Illustration de Julie Omri pour KIP

Alcool, strass, paillettes, bienvenue dans le monde de la nuit shanghaïen

Si vous pensiez avoir affaire au dernier épisode choc “Sexe, drogue, alcool, dans les coulisses de la vie des Yachters” de Zone Interdite autant dès à present refermer cette page. Je prétends seulement narrer les expériences que j’ai moi-même vécues, du haut de mes dix-neuf ans, au pays de l’extravagance.  

La nuit tout est permis

            Chine ne rime pas souvent avec réglementations sanitaires. Pourquoi exiger un certain niveau maximum de décibels pour les basses en boite de nuit, quand la technologie permet de faire trois fois plus fort ? Peut-être parce que nos tympans ne sont pas uniquement le fruit d’une concertation politique, mais de réels organes dotés d’une certaine sensibilité – mais bien sûr cela n’est que suggestion. 

            Évoquer en premier lieu le son fait sens, car c’est ce qui va le plus vous marquer, et vous permettre de reconnaître les lieux d’amusement à quelques kilomètres de là, grâce aux boum-boum assourdissants des 夜店 (boites de nuits) locales. EDM à gogo, American rap, ou musique des années 2010 – oui oui, celles que vous écoutiez en soirée boum au collège. Ici, vous avez le choix du roi, ou plutôt de la reine, soyons progressistes.

Une peu de sociologie s’il-vous-plaît

            Si je mets mes lunettes d’apprenti sociologue, je dirais que la boîte de nuit chinoise représente un terrain d’étude particulièrement excitant, en ce qu’il reflète l’essence des dynamiques existantes entre Chine et Occident. Un état d’esprit entre admiration et arrogance. Spatialement déjà, sachez que trois quarts de la boîte sont remplis de tables et canapés, visant à accueillir la jeunesse dorée shanghaienne, toute droit sortie d’une partie de Monopoly. Vestimentairement parlant ensuite, tout le monde semble se fier à la règle tacite du « the less the better ». Autrement dit, la surface du tissu est rare, plus l’accoutrement plait. Prenons-le du bon côté : les Chinoises ont confiance en elles, et elles l’affirment ! Un regard observateur pourrait aussi noter qu’il n’est pas rare de croiser des jeunes avec des lunettes de soleil Gucci. Tiens encore une règle tacite : plus la marque (de luxe bien évidemment, vous vous êtes crus où ?) de votre habit est ostentatoire, plus vous avez du style (à prononcer à l’américaine, avec un gros accent de la Silicon Valley svp). Résumons nos prototypes : un jeune homme la coupe au bol, aux lunettes de soleil Gucci, au T-shirt Dior, avec des chaines et des grosses chaussures noires ; à côté d’une jeune femme aux longs cheveux noirs de jais, maquillée comme dans les Marseillais version 2014 mais avec classe, des talons aiguilles, un crop top et un collant résille. Je stéréotype carrément, mais vous avez l’idée. 

Avec des tenues pareilles, il en va de soi que la piste de danse, avec sa surpopulation et sa transpiration usuelles, n’est pas conseillée. Cela tombe bien : danser en boîte est un phénomène culturel purement occidental. En tant que Chinois en boite à Shanghai, l’objectif est avant tout de se montrer, dépenser son argent en jeu des dés et en bouteilles d’alcool scintillantes. 

Je suis obligée de mentionner que les boîtes chinoises flirtent parfois avec des réseaux mafieux de prostitution illégale, notamment de jeunes femmes venant des pays de l’Est. En me baladant à la recherche de mes amis – qui ont cette merveilleuse faculté de se fondre dans la foule pour ne jamais y réapparaître – je suis tombée nez à nez avec une étrange pièce, dans laquelle des jeunes mannequins blondes étaient tout simplement en train de faire la cour à de riches et vieux chinois. On adore.

Payés pour faire l’animation

            Lorsque vous êtes étudiant occidental en Chine, et surtout à Shanghai, vous avez l’habitude d’être gâté par les promoteurs. Ces derniers sont des jeunes d’une trentaine d’années chargés de la communication externe des boîtes de nuit, qui les rémunèrent en fonction du nombre de clients qu’ils ramènent. Pour ce faire, ils démarchent toute la journée via des groupes wechat les étudiants, en leur proposant non seulement la gratuité, mais bien souvent de l’alcool gratuit. Une fois arrivé sur place, il vous suffit de dire de la part de qui vous venez pour vous voir offrir le tapis rouge. Pas besoin de percer à Hollywood, venez juste à Shanghai. 

            D’ailleurs, il m’est arrivé de me voir offrir des bons pour boisson par une employée de la boîte pour m’encourager à me trémousser davantage sur la piste. Sans commentaire.

            Aparté faite, laissez-moi vous donner mon analyse du phénomène sociologique derrière les boîtes de nuit chinoises. Le concept même de boîte de nuit n’a rien d’asiatique : ce n’est tout simplement pas culturel de boire, s’apprêter, dans l’unique but de festoyer dans un lieu rempli d’inconnus la nuit. Donc les boîtes se sont adaptées, et proposent surtout aux clients de s’asseoir, siroter une boisson alcoolisée et jouer aux dés. Pourtant chez la jeunesse – et la moins jeunesse – de Shanghai, l’Occident suscite l’admiration, et rend tout de suite le lieu beaucoup plus attractif. La présence de jeunes occidentaux en boîte est ainsi un argument de qualité et d’exclusivité, deux critères de choix dans le marché compétitif de la nuit. 

            A mi-chemin entre super star et bête de foire, être Occidental à Shanghai c’est toute une expérience sociale, et clairement, elle vaut le détour.

Laura Parascandola

Laura Parascandola

Etudiante en double master Sciences Po - HEC. Membre de KIP et contributrice régulière.

Sciences Po - HEC dual master student. Member of KIP and regular contributor.